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02.05.2008

5 - Couille-molle...

    

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Un Orang-Outang immense regardait le petit Kiki, mais ce dernier ne ressentait aucune animosité de la part de l'animal, et il se savait protégé par les barreaux de la cage. Le Parc de La Pépinière hébergeait un petit zoo que Kiki visitait à chacun de ses séjours chez Aldo. Demain, ce sera le départ pour l'Italie, à son grand désespoir...

Continuant sa visite, il s'arrêta devant les chimpanzés, où régnait une puanteur terrible. Les primates intriguaient Kiki ; il tentait de retrouver dans les expressions des grands singes des signes d'humanité. Il se posait beaucoup de questions sur la vie, l'origine et le sens de la vie... 

Un des singe faisait des grimaces ; ce qui ne représentait rien d'exceptionnel, mais le visage de la bête était si particulier que Kiki fut pris d'un fou-rire... et plus il riait, plus le singe grimaçait...

Kiki ne pouvait plus cesser de rire, et riait à pisser dans son froc, jusqu'au moment où il aperçut, à sa droite, un homme qui l'observait en souriant. Sa tenue était anormale pour la saison et le temps aoutien ; il portait un grand imper clair, et cachait ses yeux avec des lunettes solaires foncées.

Kiki ne pouvait pas voir les yeux du type, mais il sentait le regard qui le fixait et devinait les yeux derrière les verres fumés. Il fut gêné par sa présence et s'éloigna de la cage pour sortir de l'espace des primates. Le type à l'imper le suivit.

Quand il prit conscience que l'homme s'intéressait à lui, Kiki eut l'idée de s'approcher d'une famille afin de faire croire qu'ils étaient ensemble. Mais l'inconnu avait compris la feinte ; il savait que le petit était seul dans le parc, et continuait à le coller en l'examinant.

                                         

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La situation angoissait Kiki ; il était venu ici passer un bon moment à regarder les bestioles rigolottes et au lieu de ça, il y avait ce bonhomme inquiétant qui le suivait avec son air étrange... 

Maintenant, il commençait à avoir peur ; il ressentait confusément un danger, et n'osait plus regarder l'individu qui était de plus en plus près. Timide, il n'osait pas demander de l'aide aux autres grandes personnes. Et lorsque la famille qui se tenait à proximité s'éloigna, il paniqua... et soudain, sans réfléchir, il bondit à travers la pelouse et s'enfuit en courant comme un dingue vers la sortie du parc...

Dans sa course à travers les rues de Nancy, il ne tourna pas la tête pour voir si la menace le suivait, et Kiki courait très vite. A 200 mètres du restau d'Aldo, il perdit une chaussure, mais ne prit pas le risque de stopper son élan... il continua à filer jusqu'à la vitrine et fit irruption dans le restaurant comme un forcené...

A cette heure là, Aldo préparait la caisse du soir. Essoufflé, Kiki tenta de lui expliquer sa peur ; le type de La Pépinière, l'imper, les lunettes noires... Aldo interrompit brutalement le gamin pour lui demander où était sa chaussure et ce qu'il attendait pour aller la rechercher. Kiki, espérant une autre réaction, était désemparé. Il avait peur de retourner dans la rue, mais comprenait qu'il n'obtiendrait aucune aide d'Aldo... Et son regard bleu et glacial rendait toute communication impossible.

                                            

Des larmes d'impuissance lui venaient... il monta les escaliers, entra dans l'appartement du deuxième étage et s'enferma dans la chambre de sa soeur absente. Des visages défilaient dans son esprit : le grand singe gentil qui le regardait, le type à l'imper qui le mattait d'un air vicieux (à cette époque, Kiki ne connaissait pas le mot "vicieux", mais le mot était certainement de circonstance...), Aldo au regard fermé et à la froideur paralysante.

Et ce type qui continuait son chemin à travers le parc où il cherchait d'autres enfants à suivre, avec son sourire bizarre... et personne pour lui effacer ce sourire...

Non, Kiki avait compris qu'Aldo n'irait pas à la recherche du type qui l'avait terrorisé... qu'il ne lui effacerait pas son sale sourire... parce qu'Aldo était peut-être une couille-molle... A cette époque, Kiki ne connaissait pas le mot "couille-molle", mais le mot convenait  tout à fait...  

 

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