09.05.2008

7 - Petit flic...

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Pour rejoindre son école, Kiki descendait la rue qui longeait le lycée.

Deux ans auparavant, à la place du lycée, s'étalait un grand prés parsemé de mares et de gros arbres. Des pneus de tracteurs et des cordes attachés aux plus grosses branches servaient de balançoires.

Une des "balançoires" était suspendue à 50 centimètres de la surface d'une petite mare... 

Chaque fois qu'il parcourait cette rue, Kiki pensait à tous ces souvenirs enfouis sous les batiments bleus et la cour goudronnée.

  

Parvenu au carrefour, il s'engagea pour traverser, après avoir contrôlé si la voie était libre. Mais, au lieu d'emprunter le "passage piétons" tout proche, il coupa quelques mètres avant.

A la moitié de la traversée, il entendit un coup de sifflet...

Se retournant, il aperçut sur le trottoir un policier qui le fixait sévèrement et lui faisait signe de venir à lui. Kiki, appeuré, s'approcha timidement du gardien de la paix.

Celui-ci, d'un ton agressif, commença à l'engueuler et, brutalement, lui attrapa l'oreille gauche. Il tirait sur l'oreille de Kiki et le secouait en même temps en criant... A cet instant, Kiki prit conscience que des copains d'école regardaient la scène en se marrant.

Il aurait souhaité pouvoir disparaitre, s'évaporer. La honte était plus violente encore que la violence du flic qui le malmenait... il avait l'impression que ce moment durait des heures, que ce con de flic ne le lâcherait plus. Qu'il ne serait libre de nouveau que lorsque son oreille s'arracherait et resterait dans la main de cet enfoiré de flic.

Résigné, il attendait la fin de la crise sadique de ce pourri de flic.

L'ordure de flic le lâcha enfin, d'un air méprisant, comme on lâche une chaussette sale dans le panier à linge...

  

Kiki partit sans se retourner, en marchant vite, écrasé de honte, et redoutant les moqueries et les conneries que ses potes allaient lui balancer toute la matinée...

Le salaud de flic était grand et balèze, aussi grand que le beau-père de Kiki qui faisait presque deux mètres ; mais en réalité, il était tout petit, minuscule, microscopique...

Petit flic...

Kiki aurait donné tous ses jouets, même son fusil à flèchettes, en métal et à la crosse en bois, pour avoir dix ans de plus... et revenir tirer l'oreille de cette salope de flic ; avec quel plaisir il lui aurait fait avaler son képi de tarlouze...

A cette époque, Kiki ne connaissait pas le mot tarlouze, mais le mot convenait parfaitement...

 

 

Ahhhhh, si Kiki avait été disputé par une petite fliquette sexy... elle aurait caressé sa joue rosie par l'émotion en lui sussurant : " faut pas traverser à côté des passages mon chéri..." puis l'aurait encouragé d'un bisou tout collant et parfumé à la framboise...

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06.05.2008

Soul music... Patrick Watson et The Cinematic Orchestra


The Cinematic Orchestra et une composition de Patrick Watson, chant et piano.

( clic ici pour en savoir plus sur P. Watson )

 

Album "Ma Fleur"

  

"To Build a Home"


podcast

  

"That Home"


podcast
 

 

 

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03.05.2008

6 - Extra-terrestres...

Quand le climat le permettait, Kiki grimpait sur le toit de la maison avec son télescope.

Côté jardin, le rebord du toit n'était pas très haut et l'échelle en alu suffisait pour monter.

Il connaissait le ciel et les dispositions des étoiles et constellations, qui varient selon la période de l'année.

L'astronomie le passionnait et il avait tout un tas de bouquins traitant le sujet, et à 10 ans, il comprenait les théories du déplacement de la lumière et des énergies. Il avait conscience que la lumière des étoiles qu'il observait, voyageait depuis des milliards d'années et que ces étoiles n'étaient plus à l'endroit où l'on voyait le point lumineux. Certaines sources de lumière n'existent plus, et leur lumière arrive encore vers nous...

Tout ceci fascinait Kiki, émerveillé par le fantastique univers qui s'ouvrait au-dessus de lui...

  

Mais pendant qu'il observait, il souhaitait apercevoir autre chose, et peut-être même qu'il ne désirait que cela : voir un engin spatial...

Non pas un satellite ou un objet de ce genre, mais un vrai vaisseau, piloté par de vrais extra-terrestres... 

Kiki écarquillait l'oeil collé au télescope, et quand une météorite traversait le champ de vision, il retenait son souffle.

Il espérait de toute ses forces l'existence d'autres êtres dans l'univers, et son souhait était si fort qu'il croyait que ces êtres capteraient ses pensées et viendraient pour l'emporter avec eux...

Que voulait-il fuir...?

Il aurait pris le risque de tout quitter, et il se demandait ce qu'il pouvait regretter sur cette planète... ses copains, son chien, un caniche bâtard noir, con et rigolo... ses jouets...

Mais "ils" lui permettraient peut-être d'emmener ses jouets avec lui. Et peut-être aussi Lucky, le clébard ; on le placerait dans une pièce spéciale, pour qu'il ne fasse pas de crottes dans le vaisseau ! 

Il n'avait aucune représentation mentale de ces extra-terrestres, mais des "gens" capables de déceler une presence à des milliards d'années-lumière ne pouvaient être mauvais à un tel niveau d'évolution technologique ; et puis ils ne pouvaient pas être pire que les adultes qui l'entouraient !

  

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Kiki n'aimait pas son père biologique, et souhaitait qu'il ne fût pas son père ; en fait il souhaitait être le fils adultère de l'amant de sa mère.

Kiki n'aimait pas sa mère. Un jour, il l'a dit à sa grande soeur qui lui faisait la morale dans le garage de la maison... "je l'aime pas..." lui avait-il confié, en parlant de sa mère.

Kiki n'avait rien à reprocher à son beau-père Serge, mais celui-ci était trop tiède, sans personnalité, ennuyant.

il devait certainement projeter son idéal parental, ses fantasmes, sur ces extra-terrestres imaginaires. Des personnages intelligents, voyageant dans l'espace, c'est génial, beaucoup plus que ces cons qui l'entouraient...

Mais à cette époque, Kiki ne connaissait pas les mots "projection", "fantasme"... alors, il attendait, là-haut sur le toit, que ses fantasmes viennent le chercher...

 

 

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02.05.2008

5 - Couille-molle...

    

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Un Orang-Outang immense regardait le petit Kiki, mais ce dernier ne ressentait aucune animosité de la part de l'animal, et il se savait protégé par les barreaux de la cage. Le Parc de La Pépinière hébergeait un petit zoo que Kiki visitait à chacun de ses séjours chez Aldo. Demain, ce sera le départ pour l'Italie, à son grand désespoir...

Continuant sa visite, il s'arrêta devant les chimpanzés, où régnait une puanteur terrible. Les primates intriguaient Kiki ; il tentait de retrouver dans les expressions des grands singes des signes d'humanité. Il se posait beaucoup de questions sur la vie, l'origine et le sens de la vie... 

Un des singe faisait des grimaces ; ce qui ne représentait rien d'exceptionnel, mais le visage de la bête était si particulier que Kiki fut pris d'un fou-rire... et plus il riait, plus le singe grimaçait...

Kiki ne pouvait plus cesser de rire, et riait à pisser dans son froc, jusqu'au moment où il aperçut, à sa droite, un homme qui l'observait en souriant. Sa tenue était anormale pour la saison et le temps aoutien ; il portait un grand imper clair, et cachait ses yeux avec des lunettes solaires foncées.

Kiki ne pouvait pas voir les yeux du type, mais il sentait le regard qui le fixait et devinait les yeux derrière les verres fumés. Il fut gêné par sa présence et s'éloigna de la cage pour sortir de l'espace des primates. Le type à l'imper le suivit.

Quand il prit conscience que l'homme s'intéressait à lui, Kiki eut l'idée de s'approcher d'une famille afin de faire croire qu'ils étaient ensemble. Mais l'inconnu avait compris la feinte ; il savait que le petit était seul dans le parc, et continuait à le coller en l'examinant.

                                         

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La situation angoissait Kiki ; il était venu ici passer un bon moment à regarder les bestioles rigolottes et au lieu de ça, il y avait ce bonhomme inquiétant qui le suivait avec son air étrange... 

Maintenant, il commençait à avoir peur ; il ressentait confusément un danger, et n'osait plus regarder l'individu qui était de plus en plus près. Timide, il n'osait pas demander de l'aide aux autres grandes personnes. Et lorsque la famille qui se tenait à proximité s'éloigna, il paniqua... et soudain, sans réfléchir, il bondit à travers la pelouse et s'enfuit en courant comme un dingue vers la sortie du parc...

Dans sa course à travers les rues de Nancy, il ne tourna pas la tête pour voir si la menace le suivait, et Kiki courait très vite. A 200 mètres du restau d'Aldo, il perdit une chaussure, mais ne prit pas le risque de stopper son élan... il continua à filer jusqu'à la vitrine et fit irruption dans le restaurant comme un forcené...

A cette heure là, Aldo préparait la caisse du soir. Essoufflé, Kiki tenta de lui expliquer sa peur ; le type de La Pépinière, l'imper, les lunettes noires... Aldo interrompit brutalement le gamin pour lui demander où était sa chaussure et ce qu'il attendait pour aller la rechercher. Kiki, espérant une autre réaction, était désemparé. Il avait peur de retourner dans la rue, mais comprenait qu'il n'obtiendrait aucune aide d'Aldo... Et son regard bleu et glacial rendait toute communication impossible.

                                            

Des larmes d'impuissance lui venaient... il monta les escaliers, entra dans l'appartement du deuxième étage et s'enferma dans la chambre de sa soeur absente. Des visages défilaient dans son esprit : le grand singe gentil qui le regardait, le type à l'imper qui le mattait d'un air vicieux (à cette époque, Kiki ne connaissait pas le mot "vicieux", mais le mot était certainement de circonstance...), Aldo au regard fermé et à la froideur paralysante.

Et ce type qui continuait son chemin à travers le parc où il cherchait d'autres enfants à suivre, avec son sourire bizarre... et personne pour lui effacer ce sourire...

Non, Kiki avait compris qu'Aldo n'irait pas à la recherche du type qui l'avait terrorisé... qu'il ne lui effacerait pas son sale sourire... parce qu'Aldo était peut-être une couille-molle... A cette époque, Kiki ne connaissait pas le mot "couille-molle", mais le mot convenait  tout à fait...  

 

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01.05.2008

Soul Music... Antony & the Johnsons

En attendant le prochain flashback, un "blues" du groupe Antony and the Johnsons... (clic ici pour en savoir plus)

 

C'est sûr que Kiki aurait plané sur cette musique... (pour les ceuss qui aiment, faire un clic droit sur le mot Podcast/"enregistrer la cible du lien sous"/...ou encore mieux, avec le DownloadHelper de Firefox, qui permet de télécharger aussi les vidéos...)

 

Antony Hegarty (photo ci-dessous)

"Fistful of Love" -

 podcast

            
 

"Candy Says" en live...

 podcast


 

 

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30.04.2008

4 - T'es beau, tu sais...

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La cousine Lucienne regardait Kiki d'un air attendri et amoureux.

C'était une belle femme, brune, d'une quarantaine d'années, au sourire gourmand et au regard étincelant.

Kiki pensait que la cousine se maquillait trop ; il préférait les visages de femmes naturels, sans artifice.

Pourtant, le rouge à lèvres et le fard de Lucienne soulignaient sa beauté, et les hommes se retournaient sur ses formes appétissantes. 

A son âge, Kiki ne se sentait pas concerné par le sex-appeal de la cousine. Du point de vue hormonal et biologique, il ne réagissait pas encore au charme féminin mais était sensible à l'intensité d'un regard de femme...

   

Ils passaient l'après-midi à Metz, sa mère et lui, en compagnie de la cousine qui avait le permis et une voiture.

Aldo n'avait pas voulu que la mère de Kiki passe le permis de conduire, car -avant leur séparation- il refusait que sa femme jouisse de la moindre liberté. D'ailleurs, il lui refusait tout.

Lucienne avait choisi un salon de thé du centre ville et Kiki, tout en dégustant son Paris-Brest, se demandait si la cousine aurait plu au commissaire San-Antonio.

Il avait réussi à se procurer quelques livres, et en était à sa période "d'initiation", où il se familiarisait avec le langage particulier des romans, difficiles d'accès pour les novices, même adultes.

Kiki sautait les lignes décrivant les "rencontres érotiques" de San-Antonio, non seulement à cause du vocabulaire qui lui paraissait incompréhensible et extravagant, mais parce que ça ne l'intéressait pas et l'ennuyait. Il attendait des textes sanantoniens qu'ils le fassent rire, et, inconsciemment, il y avait trouvé une nouvelle fratrie, en opposition avec son environnement familial inintéressant. 

  

En le gratifiant d'un clin d'oeil complice, la cousine lui murmura amoureusement : "T'es beau, tu sais..."

Il avait déjà entendu ce genre de mots... "oh le beau gamin..."mais comme il est mignon..."ah qu'il est trognon..." et d'habitude, ces compliments le laissaient froid.

Mais venant de cette femme, au regard si brûlant, à la voix si douce, cette femme qui connaissait et qui aimait les hommes, ce devait être sincère et donc vrai... 

"T'es beau, tu sais..." grâce à ces quelques mots, ce jour là fut essentiel pour l'image que Kiki avait de lui-même, pour son estime de soi.

   

  
 

CocoRosie : Lyla 


podcast
 

  

3 - Hystérie...

L'eau du bain, à la température du corps, recouvrait Kiki. Ses 35 kilos lui permettaient de flotter en ne laissant dépasser que le visage. Le samedi après-midi était le moment sacré du bain, suivi des Pieds-Nickelés à la TV.

La journée avait commencé relax, et les devoirs étaient faits. Mais le destin n'aimait pas les week-end qui s'annonçaient trop cool...

  

Des hurlements venant du garage tirèrent Kiki de son état de relaxation. Les cris de Liliane, sa mère et de Jean-Marie, son demi-frère par alliance, étaient plus forts que d'habitude.

Kiki se précipita hors de la baignoire, tenaillé par une angoisse terrible ; il voulut sortir de la salle de bain mais ses pieds mouillés glissèrent en avant et son pied droit se coinça sous le meuble situé devant la porte de la pièce. 

Le dessus de son pied était en sang, et la douleur le paralysait. Les cris continuaient, insupportables pour le gamin, allongé nu, le pied écorché, le ventre noué par la peur...

Il réussit à se lever, et à cet instant, entendit claquer la porte extérieure du garage, et devinait que Jean-Marie avait échappé à sa belle-mère hystérique et violente.

Kiki sentait son angoisse se résorber. Il retourna dans le bain jusqu'à ce que la sensation de brûlure de son pied soit moins vive. Il attendit ensuite que la plaie soit sèche pour enfiler des chaussettes, afin de cacher les traces de l'écorchure.

L'heure des Pieds-Nickelés était passée, mais il n'avait plus goût à rigoler avec Croquignol, Filochard et Ribouldingue, ses routards préférés.

  

Quand sa mère avait rencontré Serge, celui-ci était veuf depuis peu. Kiki avait 2 ans, et les deux enfants de Serge, plus âgés d'environ 5 et 7 ans, étaient devenus les souffre-douleur de Liliane. La providence s'acharnait sur les 2 enfants, marqués par la mort de leur mère ; il ne reçurent pas le réconfort et l'amour espérés, mais des coups et des hurlements... de quoi en faire baver Zola de jalousie, mais à cette époque, Kiki ne connaissait pas Zola, il ne connaissait que la vie...

Kiki n'était jamais victime de mauvais traitements. Sa mère, telle une prédatrice perverse, guettait la moindre occasion pour brutaliser son demi-frère, lorsque Serge était au boulot. Elle le frappait à coups de manche à balai et de "nerf de boeuf", sorte de grande matraque faite de tendon de boeuf. Et le pauvre jeune n'osait pas se plaindre à son père, indifférent et dénué de toute compassion. 

Kiki ne souhaitait pas vieillir, et n'imaginait pas vivre au-delà de 40 ans, âge moyen des adultes qui l'entouraient.

Il ne voulait pas ressembler à ces gens...

 

 

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 Le nerf de boeuf utilisé par Liliane était court ; il devait mesurer environ 1 mètre...

 "La douleur est une manière brutale d'imposer l'obeïssance, mais c'est bon marché et sans limite."

Volrath.

 

 

 

29.04.2008

2 - Du Capitaine Haddock à l'inspecteur Bérurier...

 

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Le commissaire San-Antonio et le gros Béru firent irruption dans l'existence de Kiki sur une plage d'Italie, un après-midi morne et plein d'ennui.

Tous les étés, il avait droit à 3 semaines de vacances en compagnie d' Aldo... mais Kiki se fichait des pensions de famille italiennes, des lasagnes, des plages, des touristes à la con... il aurait préféré rester dans son quartier, à trainer et s'amuser avec les copains...

Il relisait pour la cinquième fois le magazine de Mickey qu' Aldo lui avait généreusement offert la première semaine de vacances. Il n'osait pas demander un autre magazine ; il n'osait jamais rien demander à Aldo, surtout pendant son bain de soleil.

Après une séance de bronzage, ou plutôt de rougissage, où il tentait vainement de brunir une peau rose et blafarde évoquant davantage l'épiderme d'un rouquin batave que celui d'un rital pur-sang, Aldo se levait pour se laisser glisser dans l'eau tiède de Rimini.

Kiki avait remarqué le livre qu'Aldo avait rangé au fond du sac de plage, un livre "pas pour les enfants" parce que c'était écrit avec plein de gros mots. Il avait surtout vu Aldo esquisser quelques sourires pendant sa lecture...

Kiki se disait que ce bouquin devait être vachement rigolo pour faire sourire un type pas rigolo.


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Il jeta un oeil vers l'océan où pataugeait Aldo et profita des quelques minutes de répit pour saisir le San-Antonio et l'ouvrir en guettant autour de lui d'un air coupable...

Il parcourut des pages au hasard, s'attardant sur quelques dialogues et autres digressions de l'auteur. Il trouvait ça stimulant car il avait l'impression de transgresser un interdit.

Il était ravi de la manière dont  San-Antonio s'adressait au lecteur, en le tutoyant, comme s'il existait vraiment. Et Kiki se demandait même si le commissaire  San-Antonio existait "pour de bon". Les personnages étaient si vivants, si réels...

Il éclatait de rire en découvrant le gros Béru, au parler grossier et argotique -même s'il ne comprenait pas tout-, et les surnoms dont l'affublait San-Antonio : "Lagonfle, Gras-double, Bibendum, Sa Majesté"... et chaque mot, chaque expression donnait vie à ces personnages extraordinaires qui allait devenir ses potes virtuels...


Kiki était passé de l'univers aseptisé et asexué de Tintin et de Haddock, au monde débordant de vie, de nichemards, de popotins et de gros mots de San-Antonio et Béru...

          

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28.04.2008

CocoRosie

Kiki aurait aimé cette musique envoutante et décalée ; il aurait aimé les vibrations de ces voix, les visages des 2 soeurs Bianca et Sierra...

                                                  
 

 
                 
 
  
 

27.04.2008

1 - Kiki

 

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“ Ta mère n'est qu'une pute... y a que le train qui n'est pas encore passé dessus... quand on est élevé par une salope pareille, on peut pas avoir d'éducation... tu feras jamais rien de bon...

La putain ! faudrait l'attraper et l'attacher sur une voie ferrée...”

         

Pendant qu' Aldo criait sa haine en conduisant nerveusement la Renault 4 grise, Kiki sentait son ventre se nouer. L'angoisse désagréable, douloureuse, étouffante, montait dans sa poitrine.

A 9 ans, Kiki ne comprenait pas toutes les paroles d' Aldo ; “la pute, la salope, le train...” pour lui ces mots n'évoquaient rien en rapport avec sa mère. Mais il devinait qu'Aldo rêvait de la voir écrasée par un train... ça, il le comprenait bien.

Il avait déjà vu des “putes”, mais sa maman n'avait rien de commun avec les filles très maquillées et exitantes que l'on rencontrait sur les boulevards de la grande ville proche.

Il devinait que sa maman avait fait des choses mal, mais, dans son for intérieur, il ne voulait pas savoir, il n'avait pas besoin de savoir...


Il se concentra sur la musique diffusée par l'auto-radio. Kiki aimait rouler en musique.

Il regarda le tableau de bord, puis la vitre passager de la 4L, et posa la main sur le bouton d'ouverture de la vitre coulissante. Il tourna la tête pour observer le paysage : en regardant de plus en plus loin, le fossé, les champs, les buissons et les arbres éloignés, le défilement visuel s'atténuait. Et pendant qu'il réfléchissait à cet effet optique, il oubliait la présence du conducteur.

A cette époque, jeudi était le congé scolaire de la semaine. Et Kiki détestait un jeudi sur deux...

 

Ce jeudi après-midi s'annonçait difficile.

                           
 

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